Les si n’aiment pas les rais

par Christine Ouindans Mots d’auteur

« Ah ben mon vieux, si j’aurais su, j’aurais pas venu », pleurniche Petit Gibus dans La Guerre des boutons, un charmant film adapté d’un roman français et sorti dans les années 1960. Cette réplique est devenue rapidement mythique pour toute une génération. Sa renommée tient à l’irrésistible mimique du petit garçon quand il la marmonne, flambant nu ; ses ennemis jurés, les enfants du village voisin, ont arraché tous les boutons qui attachaient ses vêtements.

Mais la notoriété de cette citation découle surtout des deux magistrales fautes de conjugaison qu’elle contient à elle seule : le mauvais emploi du conditionnel dans le premier verbe et l’erreur d’auxiliaire dans le second. Je ne mentionne pas l’omission du « ne », dont l’absence quasi généralisée dans les dialogues des enfants fait force de loi.

La phrase correcte est bien sûr : « …si j’avais su, je ne serais pas venu. »  La leçon de Petit Gibus n’a malheureusement pas traversé le temps. …

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Comment le Bescherelle a changé ma vie

par Carole Jean Tremblaydans Mots d’auteur

Élève d’une école secondaire au Massachusetts, et Américaine « pure laine », j’adorais mes cours de français… sauf quand on devait écrire un « schéma ». Notre enseignant, M. Bevilaqua, nous donnait un verbe à étudier en préparation d’un test le lendemain.

Arrivés en classe, on recevait par exemple la consigne suivante : « Écrivez le verbe chanter à la deuxième personne du singulier. » Et sur une feuille blanche, on écrivait de gauche à droite :

Infinitif – Présent – Passé composé – Imparfait – Futur – Conditionnel – Subjonctif

Ensuite, en bas des titres, il fallait écrire le verbe à la personne demandée. C’est comme ça que j’ai appris, entre autres, que la 2e personne à l’impératif présent des verbes réguliers dont l’infinitif se termine par « er » ne prend pas de « s ». Ainsi, on écrit « Chante ! ».

M. Bevilaqua consultait souvent un petit livre vert. …

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Un calque répandu : adresser un problème

par Jean-Jacques Pelletierdans Mots d’auteur

En français, adresser est un verbe transitif qui signifie qu’on envoie quelque chose au domicile de quelqu’un. On peut aussi l’employer dans le sens de « dire » : adresser des reproches, ou s’adresser à quelqu’un. Dans son livre Questions d’écriture, l’auteur Jean-Jacques Pelletier s’intéresse à l’usage d’un calque hélas trop répandu : adresser un problème.

― En général, je n’ai guère de sympathie pour les inquisiteurs de la langue. Cela dit, il y a quand même des erreurs qui me font dresser le poil, comme cette habitude grossière, répandue dans le monde des affaires et de l’administration publique, « d’adresser » des problèmes… « J’ai adressé ce sujet la semaine dernière… je vais adresser cette question à la fin de ma conférence »… Je me retiens souvent de demander à qui et dans quel type d’enveloppe ils vont l’adresser ! …

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