De même que la locution « avant que », la locution « sans que » se construit avec le subjonctif, ce qui s’explique aisément, puisque, dans les deux cas, l’action introduite par ces conjonctions reste virtuelle : elle n’est pas encore réalisée avec « avant que » et elle est écartée avec « sans que ».

Ainsi, « les dents lui poussèrent sans qu’il pleurât une seule fois », raconte Gustave Flaubert au sujet de l’enfance de son héros, dans son conte intitulé La légende de saint Julien l’Hospitalier.

Il ne faut pas ajouter la négation « ne »

Et, surtout, la locution conjonctive « sans que » ne se construit jamais avec le « ne » explétif, règle qui est trop souvent peu connue ou même qui n’est pas connue. Cela se justifie par le fait que « sans » exprime déjà une négation et qu’y ajouter « ne » serait donc redondant. Dans une mise en garde datée du 17 février 1966, l’Académie française l’affirme fermement en précisant que cela vaut également lorsque la subordonnée introduite par « sans que » contient un des mots nécessitant habituellement la négation, comme « aucun », « nul », « pas un », « personne », « jamais », « rien », car ils prennent alors un sens positif.

« L’émotion s’accrochait sans que nul s’en pût formaliser », écrit par exemple Yves Gandon dans Le démon du style.

La règle s’applique aussi lorsque la subordonnée commence par « non sans que » (exemple : « Je viendrai non sans que tu sois averti auparavant »), ou quand la phrase elle-même commence par « sans que » (exemple : « Sans qu’elle m’ait rien dit, elle est venue chez moi »).

Il existe une exception

Il faut néanmoins noter que l’Académie française admet la présence du « ne » explétif, sans toutefois qu’il devienne obligatoire, lorsque la phrase principale est elle-même négative. En effet, de nombreux et excellents auteurs l’utilisent. En voici un exemple :

« Je ne pouvais faire un mouvement sans qu’ils n’en fussent avertis », écrit Chateaubriand dans Atala, le premier succès littéraire du célèbre écrivain, qui marqua la naissance du Romantisme au XIXe siècle, en France.

Une remarque en conclusion

Lorsque la locution « sans que » est suivie de deux éléments coordonnés par « ni », cette dernière conjonction est facultative devant le premier des éléments. Voyez Racine dans Iphigénie :

« Je reçus et je vois le jour que je respire,

Sans que père ni mère ait daigné me sourire. »

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