Sur ce blogue, nous nous sommes déjà penchés sur le pluriel des  noms simples et le pluriel des noms composés. Quand on s’intéresse au pluriel des noms propres, les règles sont subtiles et l’usage indécis. Nous pouvons néanmoins dégager trois principes directeurs :

1-S’il s’agit de noms désignant directement des personnes, la règle générale énonce que les noms propres de personnes sont invariables.

  • Quand il s’agit de familles non particulièrement illustres : Nos voisins, les Durand, nous ont invités ce soir.
  • Quand il s’agit de personnes appartenant à la même famille : Les sœurs Lefebvre sont vraiment jolies.
  • Quand il s’agit de noms employés par emphase : Y a-t-il des Marianne dans la salle ?
  • Toutefois, les noms propres prennent la marque du pluriel
  • Quand ils désignent des peuples : Les Canadiens, les Allemands, les Belges,
  • Quand ils désignent des personnes dont la gloire est ancienne, en particulier lorsqu’elles ont vécu pendant l’Antiquité, ainsi que celles qui appartiennent à une dynastie ou une famille royale : Les Horaces et les Curiaces, les Capétiens, les Bourbons, les Stuarts.

Attention : Il existe deux exceptions à cette exception, pour lesquelles l’invariabilité est la règle:

  • Les noms de dynastie non francisés : Les Habsbourg, les Borgia.
  • Certains noms français pour lesquels le pluriel n’est pas admis : Les Napoléon, les Corneille.
  • Quand les noms propres sont employés pour désigner des espèces, des types de personnes possédant une caractéristique commune ; on utilise alors un procédé appelé « antonomase». Un bel exemple nous est offert par Jean Rostand dans ses Pensées d’un biologiste: « Dans notre société soi-disant civilisée, combien de Mozarts naissent chaque jour en des îles sauvages! »

Attention : Il est important de noter que dans ce cas-ci, l’usage accepte également l’invariabilité des noms propres afin, sans doute, de les rendre reconnaissables ou d’éviter une confusion. Ainsi l’écrit Victor Hugo, dans L’homme qui rit : « Les Goliath seront toujours vaincus par les David »

2- S’il s’agit de noms désignant des lieux géographiques, des toponymes, la règle générale indique que les noms propres de lieux prennent la marque du pluriel.

  • Quand ils désignent un regroupement d’entités géographiques ou politiques : les Laurentides, les Maritimes, les Alpes, les Antilles, les deux Canadas, les États-Unis.
  • De la même façon que pour les noms de personnes, quand les noms de lieux sont employés par métaphore ou métonymie, ils prennent la marque du pluriel : Ces villes sont de modernes

Attention : Dans ce cas-ci également, l’usage accepte invariabilité du toponyme : Il me reste des Everest à conquérir.

  • Toutefois les noms de lieux demeurent invariables
  • Lorsqu’ils désignent plusieurs réalités géographiques ; exemple : On compte plusieurs Montréal dans le monde.
  • Lorsqu’ils sont employés pour souligner différents aspects du lieu, sociologiques ou politiques. Empruntons cette fois un exemple à Jules Michelet, extrait de son Histoire de la Révolution française: « Il y avait deux Avignon, celle des prêtres et celle des commerçants. »

3- S’il s’agit de noms propres désignant des œuvres d’art par le nom de leurs auteurs, ou encore des noms de marque de produits, comme des automobiles, la règle générale énonce alors que ces noms sont invariables.

    • Gustave Flaubert en livre un exemple dans L’Éducation sentimentale: « Il avait été revoir les Titien. » Nous dirions ainsi : J’ai lu tous les Zola, ou encore : la cinémathèque organise une   rétrospective des Buñuel. Pour les produits, empruntons un exemple à François Nourissier, dans Une histoire française : « Des Ford ou des Chevrolet bicolores sont parquées devant chaque pavillon blanc… » et un autre à Simone de Beauvoir, dans Les Belles Images : « Ils boivent du vin, du bourbon, des Martini. »
    • Attention: Quand l’usage a transformé les noms propres de marque en noms communs, alors ils prennent une minuscule initiale et admettent le pluriel : des camemberts, des frigidaires, des mobylettes, des sucrettes, etc.
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